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La nuit, le silence devient l’ennemi

Tout commence par un sifflement constant, localisé dans une oreille. Un son aigu, parfois plus intense, parfois plus discret, mais toujours présent. Pour Marc Delcourt (le nom et prénom ont été modifiés), entrepreneur de 49 ans, le calme du soir n’est pas synonyme de repos. Il marque au contraire le début d’une épreuve quotidienne, discrète mais profondément éprouvante : vivre avec des acouphènes.

Il y a des moments où le silence apaise. Et d’autres, où il fait mal.

Les acouphènes sont souvent décrits comme un simple sifflement. Mais cette définition ne suffit pas à en saisir l’impact réel. Car ce bruit, invisible pour les autres, ne s’éteint jamais vraiment.

Marc travaille beaucoup : métro, boulot, dodo. En journée, le monde extérieur aide à masquer son acouphène. Les conversations, le téléphone, les réunions agissent comme protection involontaire. Le bruit est là, mais il se fond dans l’ensemble.

La nuit, en revanche, tout change : « Quand tu te couches, tu cherches le calme. Mais tu ne le trouves pas. »

Le silence agit comme un amplificateur. Ce qui passait presque inaperçu en journée devient envahissant. Le bruit semble plus fort, plus proche, impossible à ignorer. Fermer les yeux ne suffit pas à l’effacer.

Ce n’est pas seulement une gêne auditive. C’est une présence permanente, qui s’impose précisément au moment où le corps et l’esprit devraient se relâcher. Tourner dans son lit, l’oreiller sur la tête… rien n’y fait.

Un autre mécanisme essentiel est l’inhibition latérale, découverte par Georg von Békésy. Lorsqu’un groupe de neurones s’active, il inhibe les neurones voisins. En stimulant des fréquences proches de l’acouphène, on crée ainsi une « zone d’ombre » neuronale qui atténue le signal pathologique.

Très vite, une mécanique s’installe… Elle est progressive, souvent insidieuse, mais redoutablement efficace.

Marc la décrit comme une spirale :

Le problème n’est plus seulement le sifflement. Il devient mental. Le cerveau se focalise dessus, comme sur une douleur persistante. Plus on y pense, plus il semble fort. Plus il semble fort, plus il empêche de dormir.

Peu à peu, le quotidien se réorganise autour de ce bruit. L’énergie diminue. La patience aussi. Le seuil de tolérance baisse. Et avec lui, la capacité à relativiser.

Pour Marc, le plus difficile fut l’isolement.

Comment expliquer ce que l’on vit quand rien ne se voit ?

Le soir, jusqu’à minuit, il appelle des proches. Pas pour se plaindre, pas pour trouver une solution, mais pour parler. Pour ne pas rester seul avec ce bruit et ses doutes : Est-ce que ça va passer ? Vais-je retrouver mon état d’avant ? Quand vais-je pouvoir dormir ?

Ce questionnement constant épuise. Car vivre avec des acouphènes, ce n’est pas seulement entendre un bruit, c’est vivre avec une incertitude permanente. C’est vivre dans l’incompréhension de l’entourage, l’indifférence des collègues, et l’impuissance de amis.

Avec le temps, Marc découvre qu’il n’existe pas de réponse immédiate. Mais il existe parfois des manières de soulager, ne serait-ce que temporairement. Notamment, la thérapie sonore qui l’aide à traverser les moments les plus difficiles.

Le soir, le bruit ne disparaît pas, mais les traitements sonores atténuent son acouphène, le rendent moins envahissant, permettent au sommeil de revenir progressivement.

Reprendre le contrôle sur ses nuits lui suffit à desserrer l’étau.

Les acouphènes ne se voient pas. Ils ne laissent aucune trace. Pourtant, ils peuvent transformer le silence en épreuve et le repos en combat discret.

Comprendre cela, c’est déjà commencer à mieux comprendre ceux qui vivent avec.